Le sébum, la crème que la peau fabrique elle-même

Le sébum est un mélange de lipides que les glandes sébacées déposent en continu à la surface de la peau. Avec la sueur et l'eau, il forme un film fin qui assouplit l'épiderme et lui apporte des antioxydants, à la manière d'une crème que la peau produirait elle-même.

La comparaison a ses limites, et c'est en les précisant que l'on comprend le mieux ce qu'est le sébum.

D'où vient le sébum

Les glandes sébacées sont présentes sur presque toute la surface du corps. Seules les paumes des mains et les plantes des pieds en sont dépourvues (Smith et Thiboutot, 2008). Elles sont le plus souvent reliées à un follicule pileux, par lequel le sébum rejoint la surface.

Leur mode de sécrétion est particulier. Les cellules de la glande se remplissent de lipides, mûrissent, puis se rompent entièrement pour libérer leur contenu. Les biologistes appellent ce mécanisme une sécrétion « holocrine » (Pappas, 2009). Le sébum est donc fait de la matière même de ces cellules.

La production varie beaucoup selon les zones. Le visage, riche en glandes, en reçoit bien davantage que les bras (Thiele et al., 1999). Elle varie aussi avec l'âge et l'équilibre hormonal.

Ce qu'il contient

Le sébum humain a une composition qui n'existe nulle part ailleurs dans l'organisme. Deux de ses constituants, le squalène et les esters de cire, sont propres aux glandes sébacées (Picardo et al., 2009 ; Smith et Thiboutot, 2008).

Constituant Part approximative du sébum
Triglycérides et acides gras libres 57,5 %
Esters de cire 26 %
Squalène 12 %
Cholestérol et ses esters 4,5 %

Valeurs moyennes rapportées par Picardo et al. (2009). Elles varient selon la méthode de prélèvement.

À la surface de la peau, une partie des triglycérides est scindée en acides gras libres et en glycérol, notamment par les bactéries de la flore cutanée (Pappas, 2009). Le sébum qui recouvre l'épiderme n'est donc jamais tout à fait celui qui sort de la glande. Il évolue au contact de l'air, de l'eau et de la flore cutanée.

Ce qu'il fait

Le rôle du sébum chez l'humain reste en partie débattu. Plusieurs fonctions sont toutefois bien documentées.

Il transporte des antioxydants. Le sébum contient de la vitamine E, sous ses formes alpha et gamma. Une équipe américaine a montré qu'elle est sécrétée en continu sur le front et les joues. La couche cornée du visage en contient environ vingt fois plus que celle du haut du bras (Thiele et al., 1999).

Il participe à l'hydratation. Chez des souris presque dépourvues de glandes sébacées, l'hydratation de la couche cornée chute de plus de moitié. Le glycérol, issu de la dégradation des triglycérides du sébum, suffit à la rétablir. Un mélange de lipides imitant le sébum n'y parvient pas (Fluhr et al., 2003). Ce travail, mené chez l'animal, suggère que le sébum agit aussi par les molécules qu'il libère.

Il forme la phase grasse du film de surface. Mêlé à la sueur et à l'eau, il compose le film dit « hydrolipidique », qui donne à la peau sa souplesse et son toucher.

Là où la comparaison s'arrête

Une crème cosmétique se pose sur la peau. Le sébum, lui, en sort. Il se renouvelle sans cesse et sa composition reflète l'activité de l'organisme.

Surtout, le sébum ne construit pas à lui seul la barrière de la peau. Entre les cellules de la couche cornée se trouvent d'autres lipides : des céramides, du cholestérol et des acides gras. Ceux-là proviennent des cellules de l'épiderme elles-mêmes. Ils forment le « ciment » qui retient l'eau dans la peau (Pappas, 2009). Sur les zones riches en glandes, le sébum domine la surface. Plus en profondeur, ce sont les lipides épidermiques qui assurent l'étanchéité.

Les deux systèmes travaillent ensemble. Le sébum recouvre et assouplit. Les lipides épidermiques organisent la barrière. L'un et l'autre peuvent être emportés par un lavage, puis se reconstituent à leur rythme.

En résumé

  • Le sébum est sécrété en continu par des glandes présentes presque partout sur le corps.
  • Il se compose surtout de triglycérides, d'esters de cire et de squalène.
  • Il apporte de la vitamine E à la surface et contribue à l'hydratation.
  • La barrière proprement dite repose sur d'autres lipides, produits par l'épiderme.

Cet article fait partie de la Bibliothèque PHYTO 5.

Sources

  1. Fluhr JW, Mao-Qiang M, Brown BE, Wertz PW, Crumrine D, Sundberg JP, Feingold KR, Elias PM. Glycerol regulates stratum corneum hydration in sebaceous gland deficient (asebia) mice. Journal of Investigative Dermatology. 2003;120(5):728-737. doi:10.1046/j.1523-1747.2003.12134.x
  2. Pappas A. Epidermal surface lipids. Dermato-Endocrinology. 2009;1(2):72-76. doi:10.4161/derm.1.2.7811
  3. Picardo M, Ottaviani M, Camera E, Mastrofrancesco A. Sebaceous gland lipids. Dermato-Endocrinology. 2009;1(2):68-71. doi:10.4161/derm.1.2.8472
  4. Smith KR, Thiboutot DM. Thematic review series: skin lipids. Sebaceous gland lipids: friend or foe? Journal of Lipid Research. 2008;49(2):271-281. doi:10.1194/jlr.R700015-JLR200
  5. Thiele JJ, Weber SU, Packer L. Sebaceous gland secretion is a major physiologic route of vitamin E delivery to skin. Journal of Investigative Dermatology. 1999;113(6):1006-1010. doi:10.1046/j.1523-1747.1999.00794.x
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