Mesuré sur une peau qui n'a été ni lavée ni soignée depuis 24 heures, le pH de la surface cutanée est en moyenne de 4,7. Ce chiffre, issu d'une étude sur 330 volontaires, est plus bas que la valeur de 5,5 que l'on cite souvent.
La peau est donc nettement acide en surface. Voici d'où vient ce chiffre, ce qui le fait varier et ce qui produit cette acidité.
Le pH en quelques mots
Le pH mesure l'acidité d'un milieu sur une échelle de 0 à 14. Le chiffre 7 correspond à la neutralité, celle de l'eau pure. En dessous, le milieu est acide ; au-dessus, il est alcalin.
L'échelle est logarithmique. Chaque unité correspond à un facteur dix. Une surface à pH 4,7 est ainsi environ deux cents fois plus acide qu'une eau neutre.
D'où vient le chiffre de 4,7
En 2006, une équipe néerlandaise a mesuré le pH de l'avant-bras de 330 personnes dans plusieurs centres. Une première mesure a été faite dans les conditions habituelles de vie. Une seconde a suivi après 24 heures sans douche ni produit cosmétique. Le pH moyen est passé de 5,12 à 4,93 (Lambers et al., 2006).
Les auteurs ont tenu compte de cette baisse pour estimer le pH « naturel » de la peau, débarrassé de l'influence des lavages et des produits. Ils l'évaluent en moyenne à 4,7. Ils notent aussi qu'environ la moitié des mesures publiées jusque-là se situaient déjà sous 5.
La même étude rappelle un point souvent oublié. L'eau du robinet, en Europe, a généralement un pH proche de 8. Un simple rinçage peut élever le pH de la peau pendant près de six heures, avant le retour à sa valeur habituelle (Lambers et al., 2006).
Pourquoi parle-t-on souvent de 5,5
La valeur de 5,5 s'est imposée dans le langage courant et sur les emballages. Elle reflète en partie des mesures faites sur une peau soumise aux gestes quotidiens : douche, savon, crème. Les mesures réalisées après une période sans lavage donnent des chiffres plus bas. Les deux valeurs décrivent la même peau, dans des conditions différentes.
Une valeur qui varie
Le chiffre de 4,7 est une moyenne. La littérature situe le pH physiologique de la couche cornée entre 4,1 et 5,8 environ (Proksch, 2018). Il dépend de nombreux facteurs (Schmid-Wendtner et Korting, 2006) :
| Facteur | Ce que l'on observe |
|---|---|
| Zone du corps | Certaines zones, comme les aisselles, sont souvent moins acides que l'avant-bras. |
| Âge | Le pH évolue au cours de la vie, de la naissance à la vieillesse. |
| Sueur et sébum | Leur quantité et leur composition modifient l'acidité de surface. |
| Gestes et produits | Lavage, cosmétiques et vêtements couvrants font varier le pH. |
Le pH change aussi avec la profondeur. Il suit un gradient marqué à travers la couche cornée : acide en surface, il se rapproche de la neutralité vers les couches vivantes de l'épiderme (Schmid-Wendtner et Korting, 2006). À l'intérieur du corps, le sang est maintenu autour de 7,4.
D'où vient cette acidité
L'acidité de la surface résulte de plusieurs mécanismes qui agissent ensemble (Proksch, 2018) :
- la dégradation de la filaggrine, une protéine de la couche cornée, qui libère des acides aminés et leurs dérivés ;
- les acides gras libres, dont une part provient de la dégradation des phospholipides des cellules au moment où elles se transforment en cornéocytes ;
- un échangeur d'ions des cellules de l'épiderme, qui rejette des protons vers l'extérieur ;
- les sécrétions des glandes sudoripares et sébacées, dont la part exacte reste discutée (Schmid-Wendtner et Korting, 2006).
Le rôle des acides gras a été démontré chez la souris. Lorsqu'on bloque l'enzyme qui les libère à partir des phospholipides, le pH de la surface monte. L'ajout d'acides gras le fait redescendre (Fluhr et al., 2001).
Ce que ce chiffre permet de comprendre
Connaître la valeur moyenne de 4,7 aide à lire les étiquettes avec plus de recul. Un produit dit « neutre » a en principe un pH de 7, soit une acidité environ deux cents fois plus faible que celle de la surface cutanée. Un produit annoncé à pH 5 ou 5,5 reste, lui, dans la zone acide où se situe naturellement la peau.
Cet article fait partie de la Bibliothèque PHYTO 5.
Sources
- Fluhr JW, Kao J, Jain M, Ahn SK, Feingold KR, Elias PM. Generation of free fatty acids from phospholipids regulates stratum corneum acidification and integrity. Journal of Investigative Dermatology. 2001;117(1):44-51. doi:10.1046/j.0022-202x.2001.01399.x
- Lambers H, Piessens S, Bloem A, Pronk H, Finkel P. Natural skin surface pH is on average below 5, which is beneficial for its resident flora. International Journal of Cosmetic Science. 2006;28(5):359-370. doi:10.1111/j.1467-2494.2006.00344.x
- Proksch E. pH in nature, humans and skin. The Journal of Dermatology. 2018;45(9):1044-1052. doi:10.1111/1346-8138.14489
- Schmid-Wendtner MH, Korting HC. The pH of the skin surface and its impact on the barrier function. Skin Pharmacology and Physiology. 2006;19(6):296-302. doi:10.1159/000094670