Une peau qui tiraille après la douche a perdu une partie de son film

Quand la peau tiraille en sortant de la douche, c'est qu'une partie du film hydrolipidique qui la recouvre a été emportée par le lavage. Cette sensation est un signe cosmétique courant, lié à l'eau, à la température et aux agents lavants.

Elle est fréquente. Elle mérite d'être comprise, car elle renseigne sur la façon dont la peau vit sa toilette.

Le film hydrolipidique en quelques mots

La surface de la peau est couverte d'un mince film. Il associe une phase grasse, venue du sébum et des lipides de la couche cornée, et une phase aqueuse, venue de la sueur et de l'eau de la peau.

Juste en dessous, la couche cornée retient l'eau grâce à deux éléments. Les lipides disposés entre ses cellules forment une barrière qui freine l'évaporation. Les cellules elles-mêmes contiennent un ensemble de petites molécules hydrosolubles, appelé « facteur naturel d'hydratation » (Rawlings et Harding, 2004).

Ce que la douche emporte

Les agents lavants ont pour fonction de décrocher les graisses. Ils ne font pas la différence entre les salissures et les lipides utiles de la peau. Selon leur nature, ils peuvent aussi interagir avec les protéines de la couche cornée.

Une revue consacrée aux nettoyants le décrit clairement. Les tensioactifs les plus agressifs abîment les protéines et les lipides de la peau, ce qui se traduit par une sensation de tiraillement après le lavage, de la sécheresse, voire une irritation (Ananthapadmanabhan et al., 2004). Les tensioactifs doux interagissent beaucoup moins avec ces constituants.

L'eau chaude amplifie cet effet. Dans une étude contrôlée, une même solution lavante appliquée à 40 °C a davantage altéré la barrière cutanée que la même solution à 20 °C ou à 4 °C (Berardesca et al., 1995).

Les signes qui accompagnent le tiraillement

Le tiraillement arrive rarement seul. On observe souvent, dans les minutes ou les heures qui suivent la toilette :

  • une sensation de sécheresse, la peau semble avoir soif et réclame un soin ;
  • une rugosité au toucher, surtout sur les jambes, les bras et le dos des mains ;
  • un aspect terne, la surface reflète moins bien la lumière ;
  • de fines squames, visibles sur une peau sombre ou sur un vêtement foncé.

Ces signes décrivent l'état de la surface. Ils traduisent une couche cornée moins bien hydratée et un film moins continu. Ils varient selon la saison, le climat intérieur, l'âge et les habitudes de lavage.

Le rôle du pH

Le lavage modifie aussi le pH de la surface cutanée, qui est naturellement acide. L'eau du robinet et les savons alcalins le font monter pendant plusieurs heures.

Une étude multicentrique sur 330 volontaires a comparé les peaux selon leur pH. Les peaux dont le pH était inférieur à 5 présentaient de meilleurs paramètres de barrière, d'hydratation et de desquamation que celles dont le pH dépassait 5 (Lambers et al., 2006). Le pH de surface fait donc partie des éléments qui accompagnent la sensation de confort.

Des gestes qui limitent l'effet du lavage

Quelques habitudes simples réduisent ce que la douche emporte.

  • Baisser la température. Une eau tiède sollicite moins la barrière qu'une eau très chaude.
  • Raccourcir la douche. Le temps de contact avec l'eau et l'agent lavant compte.
  • Doser l'agent lavant. Une petite quantité suffit, surtout sur les zones peu sales.
  • Rincer avec soin. Les résidus laissés sur la peau prolongent le contact avec les tensioactifs.
  • Sécher en tamponnant. Une serviette pressée sur la peau évite un frottement inutile.
  • Appliquer un soin hydratant sur une peau encore légèrement humide, si vous en ressentez le besoin.

Quand consulter

Le tiraillement passager après la douche fait partie de l'expérience ordinaire de la peau. Si la sensation persiste toute la journée, s'accompagne de rougeurs, de démangeaisons ou de fissures, ou si elle ne cède pas malgré une toilette douce, consultez un dermatologue. C'est à lui d'évaluer l'état de votre peau.

Cet article fait partie de la Bibliothèque PHYTO 5.

Sources

  1. Ananthapadmanabhan KP, Moore DJ, Subramanyan K, Misra M, Meyer F. Cleansing without compromise: the impact of cleansers on the skin barrier and the technology of mild cleansing. Dermatologic Therapy. 2004;17(Suppl 1):16-25. DOI : 10.1111/j.1396-0296.2004.04s1002.x
  2. Berardesca E, Vignoli GP, Distante F, Brizzi P, Rabbiosi G. Effects of water temperature on surfactant-induced skin irritation. Contact Dermatitis. 1995;32(2):83-87. DOI : 10.1111/j.1600-0536.1995.tb00751.x
  3. Lambers H, Piessens S, Bloem A, Pronk H, Finkel P. Natural skin surface pH is on average below 5, which is beneficial for its resident flora. International Journal of Cosmetic Science. 2006;28(5):359-370. DOI : 10.1111/j.1467-2494.2006.00344.x
  4. Rawlings AV, Harding CR. Moisturization and skin barrier function. Dermatologic Therapy. 2004;17(Suppl 1):43-48. DOI : 10.1111/j.1396-0296.2004.04s1005.x
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