La surface de la peau porte un film très fin où se mêlent le sébum, la sueur et l'eau. Ce mélange d'une phase grasse et d'une phase aqueuse se comporte comme une émulsion naturelle, renouvelée en permanence, et la barrière qu'il recouvre s'organise au mieux lorsque ce milieu reste acide.
On l'appelle « film hydrolipidique » : hydro pour l'eau, lipidique pour les graisses.
Deux sources, deux phases
La phase grasse vient surtout des glandes sébacées. Le sébum est riche en triglycérides, en esters de cire et en squalène. S'y ajoutent, en plus petite quantité, des lipides produits par les cellules de l'épiderme : céramides, cholestérol et acides gras libres. Sur les zones riches en glandes, comme le visage, le sébum représente l'essentiel des lipides que l'on recueille en surface (Pappas, 2009).
La phase aqueuse vient de la sueur et de l'eau qui diffuse depuis l'intérieur de la peau. La sueur des glandes eccrines est composée presque entièrement d'eau. Elle contient aussi des sels, surtout du sodium et du chlorure, ainsi que du lactate et de l'urée (Baker, 2019).
Ces deux phases ne se mélangent pas spontanément, comme l'huile et l'eau dans un verre. Elles coexistent pourtant à la surface de la peau, en un film continu.
Ce qu'est une émulsion
Une émulsion est la dispersion d'un liquide dans un autre avec lequel il ne se mélange pas. Le lait, la mayonnaise et la plupart des crèmes sont des émulsions. Pour qu'elle tienne, il faut des molécules capables de se placer à la frontière entre l'eau et l'huile. Ces molécules ont une partie attirée par l'eau et une autre attirée par les graisses : on les dit amphiphiles.
Le film cutané contient de telles molécules. Les acides gras libres, issus en partie de la dégradation des triglycérides du sébum, en sont un exemple (Pappas, 2009). Sa stabilité reste bien moindre que celle d'une crème formulée. C'est un mélange dynamique, qui se défait et se reforme au fil des sécrétions, de la transpiration et des lavages.
Un film qui change au fil de la journée
La composition du film n'est jamais figée. Une étude chinoise a suivi 102 personnes pendant et après un effort physique. Dès le début de la transpiration, l'hydratation de la couche cornée augmente. La quantité de sébum mesurée varie elle aussi, selon que la sueur est faible ou abondante. Le pH du visage évolue pendant l'effort, puis retrouve en une heure environ sa valeur acide habituelle (Wang et al., 2013).
D'autres facteurs modifient l'équilibre du film : la température, l'humidité de l'air, les vêtements, et surtout le lavage. L'eau et les produits nettoyants emportent une partie de la phase grasse. Le film se reconstitue ensuite à mesure que les glandes sécrètent à nouveau.
Une émulsion acide
Le film hydrolipidique est légèrement acide. Mesuré sur l'avant-bras de 330 volontaires après 24 heures sans douche ni produit, le pH de la surface cutanée est estimé en moyenne à 4,7 (Lambers et al., 2006). Ses origines sont multiples et encore étudiées : les sécrétions des glandes y participent, comme des mécanismes propres à la couche cornée.
Cette acidité compte surtout pour ce qui se passe juste en dessous. Les lipides qui forment la barrière de la couche cornée sont assemblés par des enzymes qui travaillent au mieux en milieu acide ; chez la souris, la réparation de la barrière est ralentie à pH neutre ou alcalin (Mauro et al., 1998).
Autrement dit, le film de surface est fait de sébum, de sueur et d'eau, et la barrière qu'il recouvre s'organise le mieux quand ce film reste acide.
En résumé
- Le film hydrolipidique mêle une phase grasse, surtout le sébum, et une phase aqueuse, surtout la sueur.
- Il se comporte comme une émulsion naturelle, plus mobile qu'une crème.
- Sa composition change avec l'effort, le climat et le lavage, puis se reconstitue.
- Il est légèrement acide, et la barrière sous-jacente se forme le mieux dans ce milieu.
Cet article fait partie de la Bibliothèque PHYTO 5.
Sources
- Baker LB. Physiology of sweat gland function: the roles of sweating and sweat composition in human health. Temperature. 2019;6(3):211-259. doi:10.1080/23328940.2019.1632145
- Lambers H, Piessens S, Bloem A, Pronk H, Finkel P. Natural skin surface pH is on average below 5, which is beneficial for its resident flora. International Journal of Cosmetic Science. 2006;28(5):359-370. doi:10.1111/j.1467-2494.2006.00344.x
- Mauro T, Holleran WM, Grayson S, Gao WN, Man MQ, Kriehuber E, Behne M, Feingold KR, Elias PM. Barrier recovery is impeded at neutral pH, independent of ionic effects: implications for extracellular lipid processing. Archives of Dermatological Research. 1998;290(4):215-222. doi:10.1007/s004030050293
- Pappas A. Epidermal surface lipids. Dermato-Endocrinology. 2009;1(2):72-76. doi:10.4161/derm.1.2.7811
- Wang S, Zhang G, Meng H, Li L. Effect of exercise-induced sweating on facial sebum, stratum corneum hydration, and skin surface pH in normal population. Skin Research and Technology. 2013;19(1):e312-e317. doi:10.1111/j.1600-0846.2012.00645.x