La dureté de l'eau, sa température et le frottement de la serviette agissent sur le film qui recouvre la peau, au même titre que le nettoyant. Une eau calcaire laisse davantage de résidus lavants sur la peau, et une eau chaude accentue l'effet des tensioactifs sur la barrière.
Ces trois facteurs sont souvent oubliés. Ils sont pourtant présents à chaque douche, et la Suisse est directement concernée par le premier.
L'eau calcaire en Suisse
La dureté de l'eau mesure sa teneur en calcium et en magnésium dissous. En Suisse, elle s'exprime en degrés français (°f). L'eau potable y est classée en six niveaux de dureté, de « très douce » (moins de 7 °f) à « très dure » (plus de 42 °f) (SSIGE, 2008).
Cette dureté dépend du sous-sol que l'eau traverse. L'eau qui circule dans des roches calcaires se charge en minéraux. Selon la commune, l'eau du robinet peut donc être très douce ou franchement dure. Votre distributeur d'eau peut vous indiquer la dureté de l'eau qui arrive chez vous.
Le calcaire n'altère pas la qualité de l'eau potable. Il change en revanche son comportement avec les produits lavants. La SSIGE rappelle que le calcium se combine aux savons pour former des sels insolubles, les « savons calcaires » (SSIGE, 2008). Une partie du dépôt terne visible sur les parois de douche en provient.
Ce que l'eau dure change sur la peau
Une étude britannique a examiné précisément ce mécanisme sur la peau (Danby et al., 2018). Quatre-vingts volontaires, dont certains à la barrière cutanée naturellement plus fragile, ont eu la peau lavée avec un tensioactif courant, le laurylsulfate de sodium, dans des eaux de dureté différente.
Les résultats sont nets :
- plus de résidus. Les zones lavées à l'eau dure gardaient davantage de tensioactif après le rinçage ;
- plus de perte d'eau. Ces résidus augmentaient la perte d'eau à travers la peau, un indicateur de l'état de la barrière ;
- plus d'irritation, surtout chez les participants dont la barrière était la plus fragile ;
- l'adoucissement de l'eau par échange d'ions atténuait ces effets.
Les auteurs attribuent ces résultats à l'interaction entre le calcium de l'eau dure et le tensioactif, qui se rince alors moins bien. Le chlore de l'eau, testé dans la même étude, n'a pas montré d'effet clair.
L'eau chaude
Une douche très chaude procure une sensation agréable. Elle sollicite pourtant davantage la peau.
Dans une étude contrôlée, une même solution lavante a été appliquée sur l'avant-bras de dix volontaires à trois températures : 4 °C, 20 °C et 40 °C. Après quatre jours, la barrière était plus altérée aux températures les plus élevées. Les auteurs ont observé une corrélation forte entre la température et l'irritation (Berardesca et al., 1995).
L'eau elle-même
L'eau du robinet a, en Europe, un pH souvent proche de 8, et un simple rinçage suffit à élever pour quelques heures le pH de la peau (Lambers et al., 2006).
À chaque douche, ces facteurs se rencontrent : une eau légèrement alcaline, plus ou moins calcaire, souvent chaude, puis un séchage. Pris isolément, chacun pèse peu. Leurs effets se combinent.
Le frottement
La couche cornée est faite de cellules aplaties, empilées et liées entre elles. Un frottement appuyé avec un gant, une brosse ou une serviette ajoute une contrainte mécanique à l'action de l'eau et du nettoyant. Il peut détacher des cellules superficielles plus tôt que le renouvellement naturel ne le ferait.
En institut, on apprend à sécher la peau en la tamponnant. Ce geste simple limite le frottement après la douche.
Des gestes adaptés à votre eau
- Connaître la dureté de son eau. L'information est disponible auprès du distributeur local.
- Rincer plus longuement si l'eau est dure, afin de réduire les résidus de nettoyant.
- Préférer l'eau tiède à l'eau très chaude.
- Limiter la durée de la douche.
- Sécher en tamponnant, sans frotter.
- Réserver les gommages à un rythme espacé.
Si votre peau reste inconfortable malgré ces précautions, demandez conseil à un dermatologue.
Cet article fait partie de la Bibliothèque PHYTO 5.
Sources
- Berardesca E, Vignoli GP, Distante F, Brizzi P, Rabbiosi G. Effects of water temperature on surfactant-induced skin irritation. Contact Dermatitis. 1995;32(2):83-87. DOI : 10.1111/j.1600-0536.1995.tb00751.x
- Danby SG, Brown K, Wigley AM, Chittock J, Pyae PK, Flohr C, Cork MJ. The effect of water hardness on surfactant deposition after washing and subsequent skin irritation in atopic dermatitis patients and healthy control subjects. Journal of Investigative Dermatology. 2018;138(1):68-77. DOI : 10.1016/j.jid.2017.08.037
- Lambers H, Piessens S, Bloem A, Pronk H, Finkel P. Natural skin surface pH is on average below 5, which is beneficial for its resident flora. International Journal of Cosmetic Science. 2006;28(5):359-370. DOI : 10.1111/j.1467-2494.2006.00344.x
- SSIGE / SVGW (Société suisse de l'industrie du gaz et des eaux). Trinkwasserinformation TWI 13/2008 : Wasserhärte, was muss beachtet werden ? Zurich, 2008. Diffusé par le canton de Soleure : https://so.ch/fileadmin/internet/ddi/ddi-gesa-lk/Umgang_mit_hartem_Wasser__Wasserhaerte__Entkalkungsanlagen_.pdf